—Pour ça, dit le maître, c'est facile; je suis à votre disposition.

Le professeur plaça Eusèbe, lui expliqua comment il devait tenir son arme, marcher à l'épée ou rompre; il lui fit comprendre que la raideur n'est point la force et bien d'autres choses encore. La facilité d'Eusèbe à saisir les démonstrations, son attitude et sa vigueur inspirèrent au maître beaucoup d'intérêt. Le savant praticien regardait partir le jeune homme avec tristesse; au moment où celui-ci après l'avoir remercié, allait se retirer, il le rappella.

—Remettez-vous en garde, dit-il, et écoutez-moi bien. Afin de vous donner une juste idée du duel, je vais vous charger avec cette épée qui est démouchetée, et comme vous voyez, très-acérée; suivez bien mes mouvements et tâchez de parer, car bien que je sois sûr de ne point vous porter de coups dangereux, il pourrait arriver que, dans la vivacité de l'attaque ou par votre maladresse, mon fer vous fasse des raflures ou des piqûres douloureuses. Et maintenant, prenez garde à vous.

Alors le maître se précipita sur Martin avec une violence extrême. Son épée toujours menaçante frôlait la poitrine du jeune homme qui rompait pour ne pas être atteint. Le maître s'arrêta; le jeune homme était arrivé contre le mur. Aucun trouble ne se manifestait en lui. Le professeur l'examina attentivement, et voyant son calme, il lui dit:

—Allez, monsieur, vous reviendrez, c'est, moi qui vous le promets.

—Dieu vous entende, répondit Eusèbe.

Le lendemain les trois amis arrivaient les premiers au rendez-vous. Un endroit convenable fut choisi, les épées mesurées, et le commandant de Vic prononça le mot sacramentel: Allez.

Eusèbe attaqua avec fureur son adversaire. Surpris par une vigueur à laquelle il était loin de s'attendre, et ne reconnaissant d'ailleurs dans les coups que le jeune homme cherchait à lui porter, aucun des coups écrits, enseignés dans les salles; celui-ci manifesta un embarras qui augmenta le courage de Martin, et lui fit précipiter ses attaques; M. de la Saulaye fut atteint au poignet; les témoins s'interposèrent, et Clamens enchanté s'écria:

—Messieurs, le combat est terminé.