Les deux voyageurs partirent d'un immense éclat de rire.
—Messieurs, dit Eusèbe, lorsque l'hilarité de ses voisins eut cessé, vous vous moquez de moi parce que je suis ignorant, ce n'est point une bonne action, je vous assure. Vous m'avez indiscrètement questionné, j'ai répondu; je pouvais me taire. Remarquez, je vous prie, que vous vous êtes occupés de mes affaires, et que je ne me mêlais pas des vôtres. Je ne vous ai demandé ni d'où vous veniez, ni qui vous étiez; lorsque vous avez ri de moi, j'aurais pu vous jeter par les fenêtres; je ne l'ai pas fait.
—Par les fenêtres! Comme vous y allez, mon cher monsieur.
—Je l'aurais pu certainement, dit Eusèbe avec simplicité.
—Permettez, reprit le second voyageur; nous n'avons pas voulu vous être désagréables. Vous avez la tête trop près du bonnet. J'ai l'habitude de voyager beaucoup; voici dix ans que mon ami et moi nous courons les routes. Chaque fois que nous nous trouvons en compagnie, nous demandons, comme cela se fait, d'où on vient et où l'on va. Ça fait passer le temps, et ça ne fait de mal à personne.
—Ne voyagez-vous que pour cela? demanda Eusèbe.
—Quelle plaisanterie! Nous sommes voyageurs de commerce, nous représentons deux des premières maisons de Paris.
—Quelle que soit ma simplicité, répondit le Limousin, je pense qu'il n'y a pas à Paris de premières maisons, et qu'il ne saurait y en avoir; puisque aussi bien les premières en arrivant du nord, sont les dernières quand on vient du sud.
On arrivait à Paris. En descendant du wagon, Martin le fils entendit l'un de ses voisins dire à l'autre:
—Je crois que ce gaillard-là nous a fait poser.