—Oui, répondit Clamens.
—Vous me disiez en venant, reprit l'amant d'Adéonne, que la justice était le premier des pouvoirs constitués. On ne s'en douterait guère en comparant son palais avec celui des rois.
—Les rois, dit Paul Buck, possèdent en France une dizaine de palais; la Justice en a plus de cinq cents, et elle condamne plus d'hommes en un jour, qu'un monarque n'en pourrait grâcier en un an.
—Heureusement pour la société, messieurs, dit en saluant M. de Vic, qui arrivait suivi de MM. de la Saulaye et de Buffières.
La première vengeance de la justice contre les duellistes est de les réunir dans son antichambre. Sans le respect profond que les Français professent pour elle, bien des rixes se renouvelleraient. Il est vrai que cet usage, qui pourrait avoir de graves désagréments, a aussi des compensations: souvent on a vu des adversaires se serrer la main au moment de comparaître devant leur juge.
M. de la Saulaye en apercevant l'amant d'Adéonne le salua courtoisement et lui tendit sa main.
Eusèbe salua à son tour, mais ne répondit point à l'avance qui lui était faite.
—Monsieur, dit le commandant de Vic en fronçant le sourcil, j'ai l'honneur de vous faire remarquer que M. de la Saulaye vous offre la main.
—Ne voulant pas lui offrir la mienne, dit Eusèbe, je suis fâché que vous m'ayez fait faire cette remarque.
Le militaire allait probablement se fâcher si M. de Buffières ne l'eût retenu.