—Les hommes. Mon histoire est fort simple J'avais dix-neuf ans, j'adorais une jeune fille de mon pays. Un jour elle me demanda de lui apporter des fleurs; c'était le lendemain la fête de Sainte-Marie, et elle voulait en couvrir l'autel, afin que la Vierge nous fût favorable; ses parents ne se souciaient guère de notre union. Je n'avais ni jardin, ni fleurs. La nuit venue, je me mis à rôder, et quand tout le village fut endormi, je franchis le mur du verger de l'adjoint au maire...
—Vol avec escalade, la nuit, dans une maison habitée; cinq ans de fers, interrompit le gendarme.
—Vous l'avez dit, continua le voleur; mais comme j'étais jeune, que j'avais de bons antécédents, qu'il ne s'agissait que de quelques roses qui tôt ou tard eussent été offertes à la Vierge, j'en fus quitte pour trois ans de prison. Quand j'eus fini mon temps, ma maîtresse était mariée. Pour moi, j'avais appris en prison la théorie du mal; la répulsion que j'inspirais à tout le monde me força à en apprendre la pratique. Vous voyez que je ne suis pas encore bien fort, puisque je me suis fait pincer.
—Et vous, mon brave, demanda Clamens au troisième larron, pourquoi avez-vous volé?
—Par goût, dit laconiquement celui-ci.
—Par goût?
—Par goût.
—Mon Dieu, reprit le gendarme, tous les goûts sont dans la nature.