«Les paroles s'envolent, les écrits restent.»

Voilà, chère madame, les échantillons les plus profonds de cette profonde sagesse.

Ne trouvez-vous pas qu'il est bien ingénieux de mettre deux cordes à son arc pour courir un seul lièvre? Ne conviendrez-vous pas que si l'on remuait sa langue sept fois avant de parler, il faudrait remettre à six mois ce qu'on peut faire tout de suite? Un sot, retournât-il sept fois sa langue, finirait toujours par dire une bêtise. Si les paroles ne s'envolaient pas, on n'aurait point besoin d'écrire. Si la mort d'un ciron fait un vide dans l'univers, celle d'un moine peut bien, sans comparaison, en faire un dans une abbaye?

Un jour, c'était hier, je résolus,—pour cette fois seulement,—de me métamorphoser en penseur et de découdre d'un coup de pied cet habit d'arlequin qu'on a posé sur l'échine de la morale et de le remplacer par un conseil unique donné aux hommes. Ce conseil le voici:

«Grands de la terre, heureux du jour, et vous les humbles et les ignorés, employez chaque matin une heure à passer votre pantalon.»

Bon, voilà que j'ai encore écrit ce vilain mot; que voulez-vous, mistress Hélène, il le fallait! Il le fallait, parce que c'est pendant que l'homme se livre à cette occupation—utile, après tout,—que le sort de sa journée se décide, et qu'est-ce que la vie, je vous prie, sinon une journée qui recommence tous les matins?

C'est pendant cet instant où l'homme quitte la nature pour entrer dans la civilisation, représentée par deux fourreaux de drap, qu'il complote toutes ses noirceurs, c'est pendant cette seconde qu'il se dit:

«J'irai voir Jeanne à trois heures.

»J'achèterai du Mobilier.

»Je ne prêterai pas les vingt-cinq louis que Dubief me demande.