Lansade reçut le jeune homme à bras ouverts et le retint à déjeuner. Aussitôt à table, il le questionna cordialement.

—Voyons, mon jeune ami, je n'ai pas voulu hier soir être indiscret ou aggraver vos ennuis en vous demandant au juste ce que vous veniez faire à Paris; mais j'espère que, puisque vous me demandez des conseils, vous allez me dire véritablement quelles sont vos intentions et votre but.

—Je vous l'ai dit, mon cher Lansade, je suis venu visiter la capitale du monde civilisé, pour apprendre la vie, étudier la civilisation, et, si cela est possible, chercher où se trouve le vrai, apprendre à distinguer le faux, et aussi pour obéir à mon père.

—A dire vrai, répondit Lansade, je ne comprends pas un mot de ce que vous me dites. Pour apprendre la vie, il n'y a qu'un moyen, il faut vivre. Pour étudier la civilisation, vous n'aviez pas besoin de venir si loin: elle est partout. Croyez-vous que Limoges soit peuplé de sauvages? On y trafique aussi bien qu'ailleurs, peut-être mieux. La civilisation, voyez-vous, c'est le commerce, et pas autre chose; le vrai, c'est le travail.

Eusèbe répondit:

—Je travaillerai.


[XII]

Le marchand voltairien avait fort applaudi à la résolution prise par le jeune homme.