Elle meurt si bien, qu'un croque mort s'y tromperait.

Il y a eu des larmes, des attaques de nerfs et le reste. Mademoiselle Croizette meurt empoisonnée; elle roule, contracte et démène ses jolis membres convulsés pendant cinq minutes qui paraissent cinq siècles.

On sent le poison brûler sa poitrine et corroder son pauvre corps; elle gémit et râle à donner le frisson, son joli visage, illustré par Carolus Duran et si remarqué dans Jean de Thommeray, devient blanc, pâle, livide, jaune et vert, sans que l'on sache ni pourquoi ni comment.

Enfin, elle meurt comme on ne meurt pas dans le plus sombre mélodrame du boulevard du crime.

Les grands rôles du drame, les Georges, les Dorval, les Laurent, les Lia-Félix, qui, certes, savaient l'art de produire de grands effets, n'ont jamais tenté la moitié des efforts accomplis par la jeune première des Français. Auprès d'elle, Émilie Broisat, dont la mort était si saisissante dans la Vie de Bohême, aurait tout au plus l'air de faire dodo.

Le critique appréciera ainsi qu'il l'entendra si ce genre de mort réaliste est de l'art vrai, si ces horreurs, sublimes peut-être, appartiennent plus particulièrement aux héroïnes du doux Feuillet qu'à celles d'Émile Zola, je m'en lave les mains. Mais ce que je puis constater sans marcher dans ses terres, c'est que dans cette mort est ou n'est pas le succès tout entier de la pièce.

Cette mort est-elle trop grande pour la pièce ou la pièce trop petite pour cette mort? Encore une fois je ne me veux point mêler de cela.

Toute la question est pourtant dans ce trépas sans pareil.

Tout Paris voudra-t-il voir mourir mademoiselle Croizette ou tout Paris préférera-t-il quelque chose de plus gai? Voilà la question.

Cette façon de décéder si extraordinaire a fait une sensation telle, que le lendemain tous les directeurs de journaux amusants mettaient leurs reporters en campagne.