—Cher monsieur, vous appréciez mon mérite dix-neuf fois plus que celui de ma bonne; c'est beaucoup sans doute, mais ce n'est pas assez.

Les gens qui ne croyaient pas à la sorcellerie affirmaient très gravement que le fameux comte de Saint-Germain, plus connu sous le nom de Cagliostro, devait son immense fortune à l'art qu'il possédait d'enlever les taches des diamants.

C'était une supposition assez ingénieuse, mais elle péchait par la base; Cagliostro n'avait pas de fortune, et il est fort rare que les diamants aient des taches; ces prétentions-là sont bonnes pour le soleil.

Quand, par aventure, ils ne sont pas aussi purs que Courbet, on les taille d'une façon particulière et l'on y perd fort peu de chose.

Ce fut l'abbé Haüy qui porta le premier coup au diamant, qui, jusque-là, avait été, je l'ai dit déjà, entouré de mystère.

On n'avait aucun moyen certain de reconnaître d'une façon certaine un diamant d'un morceau de cristal de roche ou d'un caillou brillant des grands fleuves.

Le vénérable abbé prit un marteau et frappa sur les émeraudes, les rubis, les saphirs et les diamants, comme si cela ne coûtait rien.

A force de briser, le savant finit par établir que toutes les pierres précieuses ont, dans leur débris, une forme particulière sur laquelle il était impossible de se tromper. Ce fut en brisant une pierre qu'il prenait pour un rubis spinelle qu'il reconnut le diamant rose, inconnu jusqu'alors et confondu avec les pierres sans valeur de cette nuance.

L'abbé exposa sa découverte et prouva que tous les morceaux de telle pierre affectaient, par exemple, la forme hexamétrique, pendant que les morceaux de telle autre avaient tous la forme rhomboïde ou la forme octogone, etc., etc.

Le monde scientifique applaudit fort à la découverte, mais les jolies dames du dix-huitième siècle ne l'apprécièrent que fort médiocrement.