Il y a des familles où le chef est bien M. Josse lui-même, mais il en est d'autres où c'est madame Josse. C'est elle qui a apporté l'argent ou l'a gagné, elle parle, on se tait et on obéit.
Dans d'autres familles Josse, le chef c'est la fille, mademoiselle Athénaïs, à moins que ce ne soit M. Édouard ou le fils cadet, ce vaurien d'Edmond qui entortille toujours son père et qui fait faire à sa mère tout ce qu'il veut.
Or, le printemps arrivé, la famille Josse consulte le célèbre docteur Panatet des Ruisseaux, non sur les infirmités communes, mais sur le mal du chef de la famille ou plutôt de celui qui mène la famille.
—Cher docteur, dit madame Josse, j'ai des douleurs, mon mari a un asthme, mon fils Édouard est très pâle et Edmond est très rouge. Mais, voyez-vous, tout cela n'est rien du tout, l'essentiel est de penser à mon Athénaïs qui a la poitrine très faible.
—Oh! très faible...
—Vous l'avez dit vous-même, mon cher docteur, il ne m'en souvient que trop.
—J'ai dit que mademoiselle Athénaïs demandait des ménagements.
—Pas elle, son état.
—Naturellement.
—Parce qu'elle, la pauvre chérie, est bien trop douce pour demander quelque chose, c'est la discrétion même. Eh bien, docteur, nous sommes prêts à faire tous les sacrifices possibles et impossibles. Où faut-il aller pour que cette chère enfant trouve un soulagement à des maux d'autant plus cruels qu'elle feint de les oublier elle-même.