Si vous chassez, il vous empêche de passer dans son champ. Si vous lui demandez un renseignement, il vous joue une niche. Si vous devenez son voisin, il vous vexe. Si vous vous contentez de passer dans sa commune, il se contente, lui, de vous regarder avec mépris; vous venez de Paris, vous êtes l'homme qui mange sa part de moules au banquet de la vie.

Ce qu'il y a de plus triste en tout ceci, c'est que rien n'est moins vrai.

Paris ne mange pas même les moules auxquelles il a droit, et c'est le reporter aux abois, toujours cherchant un étonnement pour son lecteur, qui est cause de ce vieux malentendu.

Le reporter n'est pas méchant, bien au contraire; mais c'est un étourdi désastreux qui, pour avoir le plaisir de stupéfier ceux qui ne vont pas au fond des choses, a négligé un calcul bien simple, comme vous allez en juger.

Supposez, ce qui est exagéré, que chaque kilogramme donne cinquante moules.

Supposez, cela n'a rien d'excessif, qu'il y ait à Paris trois cent mille personnes qui n'aiment pas les moules, vous arriverez à ce résultat navrant que, le 26 janvier 1874, sept cent cinquante mille autres personnes ont mangé chacune une moule, et que sept cent cinquante mille autres personnes ont assisté à ce piteux festin sans y pouvoir prendre part.

Cela rappelle les plus mauvais jours du siège.

Paris a une réputation de Gargantua qu'il ne perdra jamais; et pourtant Paris est la ville la plus sobre de l'univers.

Les étrangers eux-mêmes laissent leur gloutonnerie à la barrière.

Paris aime à bien manger; mais le Paris riche est plus gourmet que gourmand.