Il y a des farceurs qui se font ainsi 6,000 francs de rentes en se faisant siffler partout. Quand ils ont fini en France ils vont se faire siffler à l'étranger, c'est plus difficile, mais ils y mettent tant de bonne volonté!
Le côté des dames n'est pas beaucoup plus favorisé, mais les femmes ont une manière à elles de porter la pauvreté qui enlève à ce vice une grande partie de l'horreur qu'il inspire aux mauvais cœurs.
L'ancienne comédienne aux airs évaporés, la bonne fille qui allait jadis demander à Toulouse ou à Bordeaux les bravos que Paris lui refusait, n'existe plus.
Le théâtre en province est alimenté régulièrement.
Les étoiles vieillies au boulevard n'ont que deux partis à prendre, devenir duègnes à Paris ou aller en province jouir d'un printemps éternel. Il est rare qu'elles ne prennent pas ce dernier parti.
Quelques jeunes filles du Conservatoire ou d'ailleurs vont faire assez volontiers une saison dans une grande ville, afin de s'habituer à la scène, et d'acquérir le pied marin.
Elles reviennent sans avoir acquis autre chose que les mauvaises habitudes passées à l'état de tradition.
Pour le reste il est à peu près inutile d'en parler. Ce reste se compose de choristes ou de coryphées des théâtres de la capitale, braves filles dévorées du désir de devenir aussi des étoiles.
Elles ont chanté deux cents fois les chœurs de la Grande-Duchesse ou de la Timbale d'argent et elles arrivent à imiter madame Schneider ou Judic avec une perfection bien capable d'illusionner Castelnaudary ou Lons-le-saunier.
Où leur embarras commence, c'est lorsqu'il faut créer un nouveau rôle, Castelnaudary ne rit plus.