Il pensait mal.
Trois ou quatre jours après, le quartier Latin était en révolution; Janin avait consacré un feuilleton tout entier à l'œuvre du jeune inconnu.
Pauvre cher grand homme, ce n'était ni la première fois ni la dernière qu'il devait sauver un désespéré de talent.
Le jour même, Barthet se présenta au Théâtre-Français, et le feuilleton du philosophe aimable de Passy, du vrai prince des critiques en main, il enfonça la porte fermée jusqu'alors. On sait le reste. Il est bon de temps en temps de rendre à César ce qui lui appartient.
M. Arsène Houssaye a raconté avec son esprit ordinaire et son élégance proverbiale quelques épisodes de la vie de Barthet, et cela m'a remis en mémoire une anecdote que Barthet racontait de la façon la plus plaisante et dans laquelle, non pas Arsène, mais Henry Houssaye, l'historien sympathique d'Apelle et d'Alcibiade, jouait le rôle d'enfant terrible.
Barthet avait été faire visite à Houssaye, alors directeur du Théâtre-Français.
Pour cette visite, Barthet avait mis ses plus beaux habits, comme il convient à un jeune auteur qui va voir l'arbitre de ses destinées.
Il avait surtout un admirable chapeau, un chapeau neuf, un chapeau qui eût été trop neuf pour un homme du monde, mais que le poète ne trouvait pas trop brillant pour parer son front prédestiné.
On était vers la fin du mois, et ce chapeau avait absorbé les dernières pièces de cent sous de l'étudiant-auteur; mais dans les grandes circonstances, il faut savoir faire des sacrifices. D'ailleurs, ce chapeau était appelé à briller plus d'une fois, le soir, au foyer de la Comédie.