Quand la comtesse a obtenu de son époux la grâce qu'elle désire, il lui passe par la tête une autre vision.
Avant d'affranchir ses serfs, elle veut tenter une épreuve qui lui réponde de leur respect et de leur obéissance; alors elle fait proclamer qu'elle va se promener dans les rues de la ville, montée sur son cheval blanc, et qu'elle ordonne à ses sujets de ne la point regarder, de rester dans leurs caves pendant tout le temps qu'il lui plaira de chevaucher dans les rues.
Tous les habitants se cachent avec empressement, bien contents d'obtenir la liberté au prix d'un sacrifice si facile.
Eh bien, non, pas si facile, car la comtesse,—diable! voilà le difficile qui arrive,—la comtesse a eu une autre vision; elle est sortie à cheval, mais sans vouloir faire toilette. Ne croyez pas qu'elle ait un négligé galant; non, elle n'a pas voulu faire toilette du tout, elle n'a même pas de selle à son cheval.
Pendant qu'elle se promène tranquillement dans les rues, il y a un tailleur,—on sait combien l'engeance est indiscrète,—il y a un tailleur qui regarde à travers les carreaux.
Il se dit que si la comtesse, qui donne le ton à la ville, fait adopter cette mode nouvelle, Worth lui-même pourrait bien faire faillite.
La comtesse, qui suppose que le tailleur pense à tout autre chose, descend de cheval, et flanque à l'artisan curieux une roulée de coups de poings, mais de si bons coups de poings, qu'on aurait envie d'en emporter pour les placer à la Caisse des consignations, en attendant qu'on en dispose en faveur d'un drôle qui les mérite réellement.
Voilà la pièce qui fait la joie de la vieille Angleterre; tous les ans, on la représente dans plusieurs théâtres à la fois.
On comprend le succès d'une gaillarde taillée comme la Shéridan!