Attendez donc, vous allez voir.
Ces deux gendarmes étaient heureux; ils se promenaient de la douce vallée de Schacken à celle d'Useren, chassant parfois ou se livrant au doux plaisir de la pêche; enfin on n'avait jamais vu de gendarmes plus heureux.
Joignez à cela qu'ils jouissaient de l'estime de leurs compatriotes et qu'ils avaient chacun le même grade, ce qui permettait au Pandore de l'endroit de ne pas être obligé hiérarchiquement de donner raison à son supérieur.
Mais, comme l'amour, le bonheur n'est pas éternel; celui des deux gendarmes commençait à se faisander.
En effet, les habitants du canton avaient fini par envier la vie paisible des deux gendarmes.
Bref, après mûr examen, l'Assemblée souveraine, considérant qu'il était complètement inutile d'entretenir deux gendarmes dans un pays où il n'y a ni voleur, ni assassin, ni filou, ni pillard, ni... le reste, l'Assemblée souveraine supprima un des deux gendarmes.
Elle ne conserva que le plus vieux, parce que les anciens affirmaient qu'il avait rendu un service dans le temps.
Voilà donc la république d'Uri avec un gendarme; ça ne pouvait pas durer longtemps. Ce gendarme, habitué depuis de longues années à se promener avec son camarade, se mit à s'ennuyer, mais à s'ennuyer au point que ses compatriotes s'en alarmèrent et craignirent pour sa santé.
On assembla les chambres.
Elles interrogèrent le gendarme.