Voici une historiette vraie qu'on pourrait intituler: Les Parisiennes en 1873.
Je la transcris comme un spécimen de nos mœurs bizarres.
C'est à la gare de Trouville. Deux dames montent en wagon, on les prendrait pour les deux sœurs, tant leurs toilettes sont pareilles: robes en velours anglais feuille d'ortie; chapeaux, ceintures, gants et gibernes de même forme et de même couleur. Ces dames ne se connaissent pas, le hasard n'est cependant pour rien dans la similitude de leur toilette: c'est la couturière qui a fait la plaisanterie.
L'une de ces deux lionnes est madame ***, une veuve consolable; l'autre, une comédienne qui ne manque ni de talent ni de distinction. Comme les deux dames se regardent en souriant, un jeune avocat s'élance en voiture avec tout l'entrain d'un jeune monsieur qui se promet un voyage agréable.
Le train n'est pas plus tôt en route, que l'éloquent jeune homme cherche à entamer la conversation. Après différents efforts, il accouche de la turpitude suivante:
—Ces dames viennent de Trouville?
—Nous y allons, répond la comédienne.
L'avocat croit avoir mal compris, il reprend:
—Il me semble, mesdames, avoir eu l'honneur de vous voir quelque part?