Un artiste de renom, qui est encore à l'Opéra, avait trouvé un moyen assez original pour ne pas payer la claque.
—Mon cher, disait-il au chef, vous savez combien le public m'aime. Je n'ai donc pas besoin de votre ministère; mais voici 500 francs; faites-moi donc le plaisir de chauffer cette pauvre madame X... J'ai remarqué qu'avant-hier vous aviez été froids pour elle à la fin de notre duo.
Maintenant, il faut rendre à César ce qui lui appartient; beaucoup d'artistes débutants ne peuvent payer la claque, et jamais, lorsque ces nouveaux venus ont eu quelque talent, ils n'ont eu à se plaindre des claqueurs.
Un chef de claque sert son administration avant tout, et nulle part on ne trouverait de plus honnêtes gens.
Il suffit de connaître les haines de théâtre et de savoir combien l'argent coûte peu à certaines étoiles pour comprendre les énormes bénéfices qu'un chef pourrait encaisser en faisant tomber une rivale.
Cette mauvaise action a dû être proposée bien souvent; jamais elle n'a été acceptée.
Il est encore mille circonstances que je ne saurais citer sans risquer de blesser certaines susceptibilités, où un manque de probité d'un entrepreneur de succès pourrait être très lucratif pour lui et très désavantageux à certaines personnes, jamais on n'a eu à enregistrer un fait de cette nature.
Il y a mieux, il est arrivé quelquefois que certains amoureux peu délicats aient fait siffler des rivales et fait tomber des pièces. Jamais, dans les siffleurs enrôlés, on n'a trouvé un intime ou un habitué.
Malgré ses vertus, la claque a des détracteurs qui ne songent pas que sa mauvaise réputation date du XVIIIe siècle où des particuliers organisaient des cabales dans un intérêt tout particulier.
Ce temps est loin.