Lamirande et son compagnon, arrivés à destination, pénètrent dans une misérable baraque; ils montent trois escaliers branlants et s'arrêtent à la porte d'une petite chambre sous les combles. Le docteur frappe et une voix aigrie lui dit d'entrer. Il ouvre la porte et un spectacle navrant se présente à ses regards; une chambre basse, sombre, nue, froide et sale; au fond de la pièce un pauvre grabat sur lequel est étendu un vieillard. L'œil exercé de Lamirande lit sur le visage de cet homme les ravages de la maladie, ou plutôt de la faim et de la misère. Il voit non moins distinctement les traces d'une grande souffrance morale. Ce vieillard n'est pas un pauvre ordinaire. Ses habits, d'une coupe élégante et assez propres encore, forment un singulier contraste avec l'affreux aspect de la chambre. Lamirande s'approche du lit et regarde attentivement le vieillard.
—Où ai-je donc vu ces traits? se dit-il en lui-même.
Puis tout haut:
—Mon cher monsieur, vous paraissez souffrant. Nous sommes venus, mon ami et moi, vous porter secours. Vous avez besoin de manger, sans doute; vous avez besoin de remèdes et de soins. Ne voulez-vous pas que je vous fasse entrer à l'Hôtel-Dieu? Vous y seriez infiniment mieux qu'ici....
Une expression pénible et amère contracta le visage du vieillard.
—Non, dit-il, je veux mourir ici; quelqu'un m'enterrera, ne serait-ce que pour se débarrasser de mon cadavre.
—Il ne s'agit pas de vous enterrer, mon cher monsieur, dit Lamirande, mais de vous soigner et de vous guérir.
—Pourquoi vous intéressez-vous à moi? dit le vieillard. Je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas.... Je n'ai pas d'ami....
—Oh oui! vous avez des amis. Nous ne vous connaissons pas, il est vrai, mais nous voyons que vous êtes seul, que vous êtes malade, que vous êtes un membre souffrant de Jésus-Christ. Cela suffit pour vous donner droit à notre amitié....
—Qui êtes-vous? Pourquoi venez-vous ici? Que ne me laissez-vous pas mourir en paix?