—Voilà une semaine que cela dure, dit Houghton à Lamirande, et nous sommes rendus au bout de nos forces. Avez-vous quelques nouvelles?
—Pas encore, et je n'en attends guère avant quatre ou cinq jours encore.
—Ne vaudrait-il pas mieux alors laisser voter la deuxième lecture et nous reprendre sur la discussion en “comité général” et enfin sur la troisième lecture?
Leverdier penchait du côté de Houghton mais Lamirande était d'avis contraire.
—Je ne puis me décider, fit-il, à laisser voter la deuxième lecture maintenant, car quelque chose me dit que nous aurons plus tard besoin des délais que nous pouvons obtenir en “comité général” et sur la troisième lecture. Vous ne voyez là qu'un simple pressentiment, peut-être, mais il est assez fort et assez persistant pour m'engager à ne pas le mépriser.
—Je respecte tout chez vous, mon cher Lamirande, dit Houghton, même vos pressentiments; mais vraiment je ne vois pas comment nous allons pouvoir prolonger le débat sur la deuxième lecture pendant quatre ou cinq jours encore. Dès demain, peut-être même ce soir, ils vont nous appliquer la clôture.
—Je le sais, répondit Lamirande; aussi faut-il soulever un incident qui suspende forcément les débats pendant quelques jours.
—Oui, mais comment? Je ne vois aucun incident à l'horizon, dit le chef de l'opposition.
—Comment?
—Je vais mettre le secrétaire d'État en accusation et demander une enquête.