Puis il écrivit un télégramme ainsi conçu:
“Au chef de la gare à Mile End, pour être remis à l'huissier Duthier sur le train d'une heure de Montréal à Ottawa.
“Avis important. Ne pas prendre même train que prennent deux amis.”
Il remit le télégramme à un commissionnaire avec ordre de l'expédier immédiatement.
Lamirande et Leverdier avaient pris le train à une heure. Duthier les suivait toujours. Ils n'en firent aucun cas, tant ils étaient absorbés par l'examen des documents que l'archevêque de Montréal leur avait remis. L'horrible complot dépassait tout ce qu'ils avaient pu imaginer. C'était du satanisme pur et ouvertement déclaré.
Au Mile End, il y eut un arrêt de quelques minutes. Sur le quai de la gare une foule d'ouvriers et d'oisifs faisait cercle autour d'un homme d'équipe étendu par terre.
—Qu'a-t-il donc? demanda Lamirande en ouvrant une fenêtre.
Lamirande remit vivement à Leverdier les papiers qu'il examinait. Il ne songea plus aux graves problèmes politiques qui le préoccupaient tout à l'heure. Il n'était plus que médecin et n'avait plus qu'une pensée: sauver la vie de ce malheureux. Dans un instant, il était sur le quai. Il écarta la foule et examina le foudroyé.
—Il n'est peut-être pas mort, s'écria-t-il; mais faites de l'espace, je vous en prie, donnez-lui de l'air.