Le père Grandmont s'étant approché d'eux, Vaughan lui dit:
—Mon père, je vous répète les paroles que l'Éthiopien dit à saint Philippe sur la route de Jérusalem à Gaza: “Qu'est-ce qui empêche que je ne sois baptisé?”
—Et moi, fît le religieux, je répondrai avec saint Philippe: “Cela se peut, si vous croyez de tout votre cœur”.
—“Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu”, répondit Vaughan, comme avait répondu deux mille ans auparavant le ministre de la reine Candace.
Le père Grandmont interrogea le jeune Anglais et s'aperçut bientôt qu'il était parfaitement instruit de la religion.
Dans la chapelle du couvent, le vénérable religieux versa sur le front du converti l'eau sainte du baptême. Lamirande servit de parrain à son ami, la sœur Antonin, de marraine. Ce fut un spectacle bien touchant: ce ministre de Dieu dont le beau visage encadré de cheveux argentés s'illuminait de joie; ces deux hommes d'âge mûr graves et recueillis; les religieuses dans leurs stalles, immobiles sous leurs grands voiles blancs; l'autel où brillaient mille cierges comme en un jour de fête; tout cela formait un tableau digne, par sa suavité, du pinceau de Raphaël.
Il était près de dix heures du soir lorsque la cérémonie fut terminée.
Et maintenant, dit Vaughan, retournons au plus tôt à Ottawa. J'ai un grand devoir à remplir là-bas, de grands torts à réparer.
—Faut-il que je m'éloigne sitôt de mon enfant dit Lamirande; j'aurais voulu passer la nuit auprès d'elle. Nous pourrions prendre le premier train demain matin. Je me sens l'âme brisée par l'émotion. J'ai besoin de quelques heures, non de sommeil, mais de prière.
—Soit, répliqua son ami, mais il faut que je télégraphie un mot à Houghton.