“Si je ne vous ai pas fait connaître d'avance ma détermination, à toi, à Vaughan et à Houghton, c'est que je voulais nous éviter des discussions qui auraient été probablement pénibles et certainement inutiles. J'ai consulté le père Grandmont qui m'approuve entièrement. Ne le questionne pas sur ma destination, il l'ignore.
“Et maintenant, avant de te dire adieu, un mot, un dernier mot de politique, et un mot d'affaires. Le père Grandmont te remettra ce que j'appelle mon testament politique. Tu en donneras communication aux amis, particulièrement à Houghton et à Vaughan. Vous y trouverez tout ce que j'aurais pu faire pour vous aider dans la tâche qui reste à accomplir: la séparation des provinces et l'organisation de la Nouvelle France. Je suis entré, ce me semble, dans tous les détails de ces deux grandes questions. Pesez le tout devant Dieu et prenez en ce qui vous paraîtra utile. Quand même je serais resté au milieu de vous, je n'aurais pu vous rien dire de plus. J'ai mis dans ce document tout mon petit bagage de savoir, d'expérience et de vues sur l'avenir. D'ailleurs, ce qui est surtout nécessaire, c'est, avec l'intégrité de la foi catholique, l'union intime de nos compatriotes. Or cette union, je le sens, se fera plus facilement autour de mon souvenir qu'autour de ma personne.
“Avec mon testament politique le père Grandmont te remettra une procuration qui t'autorise à disposer de tout ce qui m'appartient. Je n'ai qu'un objet vraiment précieux: la statue miraculeuse de saint Joseph. J'aurais voulu te la donner: le père Grandmont me l'a demandée avec tant d'instance pour la chapelle de Notre-Dame-du-Chemin que je n'ai pu la lui refuser. À toi je donne la feuille de lis qui en a été détachée par saint Joseph lui-même.
“Après avoir donné quelques souvenirs, à leur choix, à mes chers amis Vaughan et Houghton, tu feras de mes biens trois parts égales: une pour les pauvres, une pour ta sœur Hélène afin qu'elle puisse faire l'aumône en priant pour moi, une pour le développement de lœuvre que tu diriges.
“Enfin, saluez affectueusement pour moi tous les amis.
“Ami! Frère! adieu à tout jamais dans ce monde, et au revoir dans le beau ciel que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a conquis au prix de son très précieux sang. Ainsi soit-il.”
Joseph Lamirande.
Épilogue
Expectans expectavi Dominum.
J'ai attendu, et je ne me suis point lassé d'attendre le Seigneur.