Je sens que je n'ai pas de temps à perdre.

—Un vénérable père jésuite que j'ai envoyé sera ici dans quelques instants... C'est lui qui entre. Confiez-vous à lui sans crainte. C'est la bonté même. Sa passion, c'est de sauver les âmes, c'est de ramener les pécheurs à Dieu.

Comme il prononçait ces mots la porte s'ouvrit et le père Grandmont entra. Ses cheveux blancs comme la neige encadraient un visage de saint, visage sillonné de profondes rides, mais surnaturellement beau, car on y lisait un amour immense de Dieu et du prochain.

—Que la paix de Notre-Seigneur soit avec vous mes enfants, dit-il, en s'avançant vers le lit. Notre ami a plus besoin de moi que de vous, n'est-ce pas, mon cher docteur?... Et bien! laissez-nous.

Lamirande et sa femme se retirèrent. Longtemps les deux vieillards restèrent seuls. Quant le père Grandmont vint trouver Lamirande, il était rayonnant d'une joie céleste: il avait réconcilié une âme avec Dieu!

—Ah! mon cher ami, dit-il, que le bon Dieu est bon! Voilà une phrase que nous répétons souvent sans y attacher beaucoup d'importance. Mais que c'est donc vrai! La miséricorde de Dieu! Qui pourra jamais en mesurer l'étendue? Non seulement elle est infinie, sans bomes; non seulement elle est prête à pardonner tout péché; mais elle est agressive; elle nous poursuit jusqu'à notre dernier soupir; jusqu'à notre dernier soupir nous n'avons qu'à nous jeter dans cet océan d'amour pour atteindre le port éternel. Oh! pourquoi tant de pécheurs ne profitent-ils pas du temps de la miséricorde qu'on appelle la vie? Pourquoi repousser la miséricorde de Dieu pour affronter sa justice qui est non moins infinie... Allez, mon ami, faites préparer la chambre. Je vais lui administrer l'Extrême Onction et lui donner le saint Viatique.

Quelques instants plus tard, Lamirande, sa femme, sa petite fille Marie et l'unique servante de ce modeste ménage étaient pieusement agenouillés autour du lit de douleur, pendant que le père Grandmont administrait au mourant les derniers sacrements de l'Église.

Le vieillard tomba bientôt après dans une syncope prolongée. Puis reprenant tout à coup connaissance et serrant convulsivement la main de Lamirande, il murmura:

—Merci!... Jésus! Marie! Joseph!... Mon fils!...

Ce furent ses dernières paroles.