Son ami, Paul Leverdier, avec son aide, avait enfin réussi à fonder un journal libre de toute attache de parti: la Nouvelle-France.
Revenons maintenant à l'année 1945.
Chapitre IV
Odi et projeci festivitates vestras: et non capiam odorem cœtuum vestrorum.
Je hais vos fêtes et je les abhorre; je ne puis souffrir vos assemblées.
Amos V, 21.
Grand mouvement politique à Ottawa, capitale de la Confédération. La Chambre des députés est convoquée en session extraordinaire. Le Sénat est aboli depuis longtemps. Les députés, les journalistes, les entrepreneurs des travaux publics, les solliciteurs de faveurs ministérielles arrivent de toutes parts; il encombrent les hôtels, ils envahissent les bureaux publics, les couloirs de la Chambre, les clubs, les salons. Quel tourbillon d'affaires plus ou moins inavouables et de plaisirs plus ou moins illicites!
Les journées sont consacrées aux combinaisons, aux intrigues, aux complots en petit comité, aux spéculation véreuses, aux achats et aux ventes de votes et de consciences en conciliabule plus petit encore; les nuits se passent en dîners et en bals.
Un mois s'est écoulé depuis la rencontre de Lamirande et de Montarval, dans la masure de la rue de l'Ancien-Chantier.
La neige couvre le sol. Ce manteau, d'une blancheur éclatante, a caché la boue, l'herbe desséchée et les feuilles mortes. La terre tout à l'heure désolée, noire et souillée, est maintenant belle et pure; elle resplendit et renvoie au ciel un reflet des clartés qu'elle en reçoit. Belle neige! image de la miséricorde divine qui couvre d'un vêtement immaculé les laideurs de l'âme pécheresse mais repentante. Ce n'est plus l'innocence baptismale; ce n'est plus le printemps avec ses tendres fleurs, ses doux gazouillements d'oiseaux, ses murmures de mille ruisseaux, ses brises embaumées, ses bruissements de feuilles, son encens exquis, sa musique suave comme la prière de l'enfance. Non rien n'est comparable à la beauté printanière ni à l'innocence de l'âme régénérée que le souffle du péché n'a point ternie. Mais quand les ardeurs de l'été ont brûlé la terre, quand les pluies et les tempêtes de l'automne l'ont couverte de boue et jonchée des dépouilles de la forêt, la neige descend, douce, blanche et pure; et la terre redevient belle aux yeux des hommes. Ainsi, quand les passions ont ravagé l'âme, quand les crimes et les vices l'ont défigurée, la grâce de Dieu descend sur elle et la couvre d'un manteau, le manteau du pardon, qui réjouit la vue des anges. Mais la terre souillée reçoit son manteau sans le solliciter; l'âme coupable doit demander le sien à Celui qui ne méprise jamais un cœur contrit et humilié.