—J'allais dire que les élections ont dû coûter affreusement cher. J'espère que toi et sir Henry avez arrangé les choses pour que cela ne paraisse pas trop dans les comptes publics. Un scandale financier au commencement du nouveau régime serait fort ennuyeux.

—Que cela ne t'inquiète pas. Je mets Lamirande, Houghton et leur poignée de fanatiques au défi de trouver la moindre irrégularité dans la caisse publique.

—À propos de Lamirande, reprend le journaliste, c'est notre ennemi, et il fallait l'abattre, l'écraser; mais si nous avions pu nous exempter d'avoir recours à cette histoire inventée sur son compte.... Était-ce bien nécessaire?

—Il ne fallait négliger aucun moyen. Aurais-tu ce que les prêtres appellent des remords de conscience, par hasard?

—Je n'ai pas de remords, parce que ma conscience a usé toutes ses dents, il y a bien longtemps; mais les coups comme celui-là, quand ils ne sont pas absolument nécessaires, m'ennuient, mécœurent... je ne sais quoi....

Et le journaliste se leva et arpenta le bureau, le visage assombri.

—Un cas de spleen bien accentué, fait l'un des assistants, causé par une mauvaise digestion. Une pilule du docteur Cohen après chaque repas pendant trois jours, voilà ce quil te faut.

Ducoudray ne répondit rien. Il continuait toujours à marcher de long en large, troublé et agité.

Montarval le regarda pendant quelques instants avec une fixité sinistre. Une lueur d'enfer passa dans ses yeux. Puis il se leva et gagna en silence le couloir secret. En passant par la boutique du perruquier, il glissa quelques mots tout bas à l'oreille de l'affidé. Celui-ci fît un signe dassentiment, tout en pâlissant.

Les autres visiteurs étant bientôt partis après Montarval, Ducoudray se trouva seul. Le dernier sorti, il ferma la porte à clé et alla s'affaisser dans un fauteuil.