—Merci mon Dieu, murmura-t-il. Je ne Vous demande que trois heures! Accordez-moi ce délai, non pas pour moi-même, mais pour la cause de Votre sainte Église!

Un domestique le conduisit à la chambre du père Grandmont. Celui-ci le reçut avec une grande affabilité et l'invita à s'asseoir.

—Mon père, dit Ducoudray, vous ne me connaissez pas.

—En effet, je n'ai pas cet honneur, dit le religieux.

—Ce ne serait pas un honneur de me connaître, dit le journaliste, car je suis un grand misérable. Mais je veux me convertir, ou plutôt me confesser; car la grâce de Dieu m'a converti tout à l'heure dans léglise pendant que vous prêchiez. À la fin de votre sermon le ciel vous a inspiré certaines paroles que beaucoup ont dû trouver étranges. Je les ai comprises parce qu'elles étaient à mon adresse. Je suis le pécheur dont vous parliez. Voulez-vous me confesser ? Pouvez-vous me confesser? Je ne suis pas un pécheur ordinaire, je suis un monstre.

—Mon Dieu que vous êtes bon, que votre miséricorde est infinie! s'écria le prêtre.

Et prenant les mains du journaliste il l'attira à lui affectueusement.

—Mon frère, dit-il, que je suis heureux! Et quelles réjouissances parmi les anges! Venez! j'ai tous les pouvoirs pour vous absoudre, quelque grave que soit votre cas.

Puis, il conduisit son pénitent au petit confessionnal placé dans un coin de la chambre, et le malheureux, se jetant à genoux, déposa aux pieds du ministre de Jésus-Christ son insupportable fardeau. Il se releva tout rayonnant. Longtemps le vénérable prêtre le tint serré sur sa poitrine, murmurant: “Quelle joie! Mon Dieu, quelle joie!”

—Mon père, dit Ducoudray, vous savez ce qu'il me reste à faire. J'ai en ma possession tous les secrets de l'horrible secte, toutes ses archives. Il faut que je communique tout cela à l'archevêque de Montréal avant demain matin, cette nuit même; car, je le sais, je suis déjà condamné à mort. Le chef de la secte, me soupçonnant, m'a fait suivre par un de ses ultionistes qui m'a vu à léglise, qui a dû remarquer mon émotion, qui m'attend au dehors et qui me frappera au premier moment favorable. Je ne crains pas la mort. Au contraire, je suis heureux d'offrir ma vie à Dieu en expiation de mes crimes. Mais je ne veux pas qu'on m'assassine avant que j'aie eu le temps de dévoiler les abominations du satanisme. C'est pour cela, et non par crainte de la mort, que je vous demande de m'aider à me déguiser.