—Vous êtes trop aimables, dit le poète qui multiplie les salutations empressées.
—J'espère que nous serons plus heureux une autre fois, dit Madame.
—Certainement, répond le poète.
Puis avec la brusquerie des folles résolutions:
—Tenez, pardonnez-moi. La mémoire qui m'a manqué tout à l'heure me revient: voilà un sonnet.
—Ah! c'est gentil, dit la maîtresse de maison. Hep! silence, là-bas! attendez! chut un peu!
Et tandis que hâtivement, comme on force l'ami pressé de partir à manger un morceau sur le pouce, le poète récite ses vers, de beaux vers, ma foi, les invités, saisis, n'achèvent pas le geste commencé. Des pardessus font bourrelet aux épaules. Un bras hésite à l'entrée d'une manche. Deux mains qui allaient s'étreindre, retombent. Une canne reste en l'air. On interrompt la lecture des initiales de chapeaux. Cette dame a le doigt pris dans un talon de caoutchouc. Celle-ci ne montre plus qu'une moitié de gorge et s'assied. Les jeunes filles disent: «Maman, écoute!» Un monsieur, penché sur la cage de l'escalier offre une cigarette au bec de gaz et la lui tient haute. Enfin cet autre, trois marches descendues, s'arrête, un pied levé, prête l'oreille et, poli, se découvre!
L'ARAIGNÉE
À Madame Séverine.
Le poète est couché, à plat ventre, dans l'herbe, et s'il n'en mange pas déjà, il en mâche. Il a le nez sur un trou de grillon certainement habité, comme l'indiquent de petites graines noires, les fraîches crottes du seuil. Au moyen d'un brin d'herbe sec il tente, en l'agaçant, de faire sortir le grillon.