Chose promise, chose due. Au déjeuner, la bonne apporta, non sans précautions, le gâteau sur la table. M. et Mme Bornet le contemplèrent. Il s'était affaissé. La crème avait jauni, fuyait par les fentes, et les éclairs s'y noyaient peu à peu. Autrefois semblable à quelque château fort, il ne rappelait maintenant aucune construction connue, parmi celles, du moins, qui ne sont pas encore écroulées. M. Bornet garda pour lui ces remarques et Mme Bornet se mit à découper les parts. Préoccupée de les faire égales, elle disait à son mari:
—Tu guignes la plus grosse, hein! vieux gourmand!
Son couteau disparut sous les flots de crème coulante, gratta l'assiette, agaçant les dents, mais jamais elle ne parvint à fixer des limites, à tracer des sentiers secs, et toujours les parts débordaient l'une sur l'autre. Exaspérée, elle prit l'assiette, renversa dans celle de son mari la moitié du gâteau et dit:
—Tiens, bourre-toi.
M. Bornet emplit une cuiller à potage, souffla sur la crème tant elle lui parut froide, et n'en fit qu'une bouchée. Mais sa langue embarrassée refusa de clapper. Il grimaça, puis sourit:
—Je crois qu'elle a un petit goût, dit-il.
—Allons! bon, dit Madame. Quel homme à caprices! ma parole, je ne sais plus qu'inventer pour te nourrir. Seigneur, que je suis donc malheureuse!
—Essaie, toi, dit simplement M. Bornet.
—Je n'ai pas besoin d'essayer. Je suis sûre d'avance qu'elle n'a aucun goût.
—Essaie tout de même. Avales-en une cuillerée, rien qu'une.