M. Mignan se roidit, arracha la barque, la mit à flot, d'un pied entra dedans, et de l'autre se poussa du côté du chien. Il avait si adroitement manœuvré qu'il put lui appliquer, au passage, deux fortes claques sur le museau.
Ainsi corrigé, Levraut enfin ouvrit la gueule d'où tomba le flotteur de nasse, et se sauva seul au bord.
Cependant, la barque s'arrêta, son élan mort, et tournoya, folle, au gré du courant. M. Mignan, mouillé jusqu'aux genoux, perdait l'équilibre, et, tandis qu'incapable de se diriger, il barbotait à égale distance des deux rives, Levraut, sur le derrière, se séchait au soleil, luisait, regardait son maître et, à son tour, lui «aboyait» de revenir.
LA VISITE
À Paul Bonnetain.
Le fermier Pajol tient à me faire lui-même les honneurs. Les sabots des bêtes et des hommes ont treillissé le sol de la cour et mes talons se prennent parfois dans les mailles durcies. Pajol ouvre la porte de l'écurie aux vaches, entre le premier. Des brins de paille chatouillent ses hautes épaules; sa tête, qui touche aux poutres, servirait de tête de loup pour enlever les toiles d'araignées. Une lumière douce éclaire l'écurie. Une odeur chargée l'emplit, pique les narines.
—J'aime ce goût, dis-je. Je connais un pays où l'on sauve des malades désespérés en les soignant dans une vacherie.
Pajol ne me demande pas le nom du pays; j'ajoute:
—Ils boivent même du purin.
—Ne vous gênez point, me dit Pajol.