Oh ! oh ! le cochon se fâche. Cette fois il grogne assez fort pour que les chiens, là-bas, lui répondent. Je devine qu’il se sauve et que Philippe l’a manqué.
— Laissez entrer un peu de jour, dit Philippe.
J’ouvre la porte et je la referme vite, parce que j’ai vu brusquement le nez du cochon. Je dis à Pierre, qui sait mieux que moi, de la tenir comme il faut. Mais la chasse dure peu : Philippe accule le cochon dans un coin de l’écurie et, après une courte lutte corps à corps, le maîtrise.
— Ouvrez ! crie-t-il entre les cris désespérés du cochon.
Tous deux sortent de l’écurie. Le cochon a une patte de derrière prise dans la corde que Philippe tient d’une main haute et il est joli à voir, frais et net, comme s’il venait de faire sa toilette. Notre présence et la lumière du jour l’étonnent. Il se précipitait, il s’arrête et cesse de crier. Il fait quelques pas dehors et se croit libre. Il souffle, il flaire déjà des choses. Mais Philippe donne la corde à Pierre, saisit le cochon par les oreilles et le renverse, gigotant et hurlant, sur la paille écartée. Les femmes tendent, celle-ci un linge et le couteau à saigner, celle-là une poêle pour recevoir le sang. Pierre tire la patte et l’immobilise, et moi je vais à droite et à gauche.
Philippe, son couteau dans les dents, s’affermit, pose un genou sur le cochon, et lui tâte sa gorge grasse.
Pierre, qui riait, devient sérieux ; les femmes ne bavardent plus ; le cochon terrassé se débat moins, mais il crie de toutes ses forces et il est assourdissant.
— Approche la poêle, dit Philippe à sa femme.
— Approchez le bassin, dit Mme Philippe à la voisine, j’y viderai ma poêle quand elle sera pleine.
— Je suis honteux, dis-je, il n’y a que moi d’inutile.