— Tout de même, dit-elle, quand Mme Corneille a sevré sa Pauline, comme son lait ne passait pas, c’est moi qui l’en ai délivrée.

— De quelle manière ?

— En la tétant.

— Quel âge aviez-vous donc ?

— Dix-neuf ans.

— Mais vous étiez encore fille.

— Oui.

— Et Mme Corneille n’avait pas honte ?

— C’est moi qui me suis offerte. D’abord, elle refusait : « Tu n’oserais pas », me dit-elle. « Madame, ai-je dit, je m’offre de bon cœur, et ce n’est pas pour mon plaisir, c’est parce que je vois que vous tomberez malade. » Aussitôt, elle déboutonne son corsage et je m’installe entre ses genoux. Elle s’y est vite habituée. Le matin, au réveil, elle m’appelait : « Viens prendre ta goutte, disait-elle aimablement. » Je n’étais pas longue à la mettre à son aise et elle me remerciait avec ses plus douces paroles.

— C’est agréable, madame Philippe ?