Deux jeunes hommes, fariniers au moulin, qui ne sont pas de la noce, dansent une espèce de bourrée, moins tapageuse que la vraie et qu’on appelle le branle.

C’est grave et lent. Ce doit être ancien comme la plus vieille maison du village. Ils dansent avec des sabots. On écoute le son fin du bois sur le carrelage et les sabots caressent du nez la brique rouge. Les deux hommes dansent presque sur place et ne sourient pas. C’est plutôt une occupation qu’un plaisir ; par moments, on dirait des prêtres. Gloriette s’approche du plus jeune et lui dit de ne pas fumer à cause des robes des jeunes filles. Il jette sa cigarette et continue, les mains derrière le dos. Son vis-à-vis, plus lourd, plisse le front, comme si vraiment il travaillait de la tête. Ils se sentent, sous les regards, une fierté pudique. Bientôt, ils disparaissent et ne tardent pas à revenir. Ils ont cru convenable de s’acheter chacun une paire d’espadrilles.

Ce n’est plus ça du tout.

Le lendemain de la noce, on attend les mariés pour s’asseoir à table.

— C’est Lucienne qui nous a mis en retard, dit Marius.

— Naturellement, dit-elle, toujours de ma faute !

En signe de victoire, Marius porte le chapeau sur l’oreille.

— Préférez-vous, Lucienne, hier à aujourd’hui, ou aujourd’hui à hier ?

— Ça m’est égal, je me trouvais bien hier, je me trouve bien aujourd’hui.

Marius dévore, le nez dans son assiette, et ne dit mot.