Ainsi, ce n’était pas assez de la mort du petit Joseph, il faut que Ragotte souffre par les vivants.

Le petit Joseph au cimetière, sa fille Lucienne mariée, le Paul fâché, elle n’a plus que son principal. Elle va s’asseoir près de lui et le regarde désherber les oignons. Toute l’année de la naissance du Paul lui revient. Il y a trente ans, jour pour jour, qu’elle le poussait au monde. La moisson était bien en avance, comparée à celle d’aujourd’hui.

— Quand ils sont petits, dit-elle, avec un coup de pied d’un côté, une tape de l’autre, on les remet droits ; quand ils sont grands, il n’y a plus de prise.

Cependant, elle lui prépare, comme d’habitude, sa chemise de la semaine ; il ne vient pas la chercher.

— Ne t’en occupe donc plus, dit Philippe. Tu ne l’as pas vu, tout à l’heure, sortir de sa maison avec une belle culotte blanche ?

— Il se croit propre dans sa pouillerie, cet individu-là ! dit Ragotte mortifiée.

Elle sait, par la Chalude, qu’il ne prend jamais la peine de faire son lit et qu’un fromage blanc lui dure une semaine !

Le Paul va partir pour ses vingt-huit jours.

Viendra-t-il leur dire au revoir ? Jusqu’à présent, il évite le père comme la mère, et chaque fois qu’il rencontre Philippe, il se gare. Enfin, la veille du départ, Philippe le rattrape sur la route :

— Tu n’as besoin de rien ?