De son côté, le mari ne doit pas oublier que sa femme est son égale devant Dieu et devant la nature. Il ne prendra donc pas à son égard ces airs de supériorité, ce ton impératif, qui sont le fait d'un homme sans éducation.
S'il a des observations à lui faire, qu'il les présente avec toute la courtoisie possible; mais qu'il les maintienne avec d'autant plus de fermeté qu'elles sont justes et fondées. Toute faiblesse de sa part serait coupable, et pourrait avoir des conséquences désastreuses.
Ecoutez plutôt cette histoire toute moderne que racontait, il y a quelque temps, un chroniqueur du Figaro:
«J'étais, dit-il, très lié autrefois avec le baron de C..., le plus charmant et le meilleur des hommes. Nom illustre, fortune, esprit, savoir, il avait tout. Il se maria très jeune, suivant les inclinations de son cœur. Sa femme était pauvre, mais belle, de cette beauté qui en fit, en peu de temps, la femme la plus fêtée, la plus recherchée de Paris. Coquette, cela va sans dire, et jalouse des succès et du luxe de ses amies, son unique ambition était d'attirer à elle tous les hommages, et de posséder le salon le plus suivi de Paris. Elle monta sa maison royalement, sans se préoccuper si tout son luxe se trouvait en rapport avec sa fortune,—cent mille francs de rente, pas davantage. Mais pourvu qu'on parlât de ses chevaux, de ses voitures, de ses domestiques, de ses toilettes, de ses dîners et de ses bals, elle se tenait pour satisfaite.
Un hiver, elle voulut éclipser les plus riches de ses amies et donner un bal costumé, où le compte des fleurs, seul, s'élevait à quarante mille francs. Le reste à l'avenant.
Le baron essaya de parler raison à sa femme, lui montra le gouffre ouvert, au bout de toutes ces folies, lui dit qu'il avait dû vendre déjà des propriétés, et que si ces dépenses continuaient, c'était la ruine, la ruine complète en deux ans.
Elle ne voulut rien entendre, et loin de restreindre son train de vie, elle le chargea encore de nouvelles dépenses. Le baron adorait sa femme, il eût tout sacrifié pour elle. Il se résigna d'autant plus qu'il était convaincu que ses remontrances n'aboutiraient qu'à se faire détester par elle. Et ce qu'il désirait avant tout, c'est qu'elle l'aimât, c'est qu'elle lui sourît, c'est qu'elle l'enveloppât toujours de ces tendresses dont il avait tant besoin. Et puis on verrait quand le malheur serait venu.
Il arriva vite.
La baronne fut très étonnée. Non seulement il n'y avait plus d'argent, mais il y avait des dettes. Que faire? Renoncer à cette existence! Elle n'y songea pas un instant. Elle eût préféré se tuer. Il fallait prendre une décision, car les fournisseurs refusaient du crédit, et commençaient à devenir insolents et à remplir l'hôtel du bruit de leurs doléances.
—Va jouer, dit-elle un matin, à son mari, va jouer. Hier encore, D... a gagné deux cent mille francs, tu le sais bien.