Le lieutenant-général n'avait pas été de cet avis, et le contrôleur méditait dans sa prison sur le malheur d'avoir déplu à M. de la Reynie, et l'inconvénient d'avoir mis un peu trop de sel dans un mets administratif que nos magistrats n'assaisonnent guère de cette façon.

Heureusement, Louis Pasquier avait pour protecteur et parrain le duc de Gesvres. Etonné de l'absence de son filleul, il en chercha la cause et finit par découvrir qu'il était claquemuré au For-l'Evêque.

A l'instant le gentilhomme alla conter l'affaire à Louis XIV, qui fit mander le lieutenant-général de police.

—Monsieur, qu'avez-vous fait, dit Sa Majesté, d'un nommé Louis Pasquier?

—Sire, répliqua le magistrat, j'ai fait conduire en prison cet écrivailleur, pour s'être permis d'insulter le gouvernement de Votre Majesté.

—Entendons-nous, monsieur de la Reynie: serait-ce pour ce Mémoire que vous avez emprisonné son auteur?

—Oui, sire.

—Monsieur le lieutenant-général de police, continua Louis le Grand d'un ton sévère, je vous ai choisi pour faire respecter mon gouvernement, non pour le faire haïr. Le Mémoire de Louis Pasquier est l'œuvre d'un fidèle sujet, d'un homme de talent et de cœur; mon devoir sera de récompenser celui qu'un faux amour-propre vous a fait punir injustement.—Allez bien vite réparer votre faute, et gardez-vous désormais de tirer sur les soldats du Roi...

De la Reynie s'inclina et sortit.

Le lieutenant-général de police se fit conduire dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, où s'élevait le For-l'Evêque.