Faire connaître les usages, les convenances, tous les égards de politesse que les hommes se doivent réciproquement dans la société,—c'est le but de ce livre. Son titre l'annonce assez clairement pour dispenser de tous prolégomènes.
Cela dit, nous entrons en matière.
[L'ÉTIQUETTE]
Il y a deux sortes d'étiquette: l'étiquette de cour et l'étiquette des salons.
L'étiquette des salons, est, à proprement parler, le cachet, l'estampille qui distingue la bonne compagnie. C'est l'ensemble des obligations, des bienséances, qu'elle a cru devoir s'imposer dans les relations sociales, afin de les rendre plus agréables.
L'étiquette préside à tous les salons: sévère, rigoureuse dans quelques-uns, mitigée dans d'autres; c'est à l'homme du monde qui les fréquente, à consulter ce thermomètre et à régler ses allures en conséquence.
Quant à l'étiquette de cour, elle a disparu avec la monarchie; elle n'est plus qu'une tradition, qu'un souvenir des temps passés. Mais comme ce souvenir revient souvent encore sous la plume des ennemis de la royauté, comme ils se plaisent à le charger et à le noircir, il est bon de lui restituer ses véritables couleurs. C'est pourquoi, si vous le voulez bien, nous allons nous rendre à Versailles et pénétrer un instant dans les grands et petits appartements.
UNE JOURNÉE DE LOUIS XIV
Nous sommes dans une grande chambre carrée, tendue de soie et d'or, devant un lit resplendissant de velours: c'est la chambre du roi.
Bontemps, premier valet de chambre, qui a passé la nuit, couché sur un lit de camp, auprès de Sa Majesté, est allé s'habiller dans l'antichambre. Il rentre et attend en silence que la pendule ait marqué sept heures, selon la consigne qu'il a reçue. Alors il s'approche du lit, tire les rideaux en disant: «Sire, l'horloge a sonné.»