La plaisanterie n'eût pas été complète si le public n'avait pas su à qui il avait affaire. Voici donc que nos ours se réunissent en troupe, prennent leur tête sous le bras, et, tirant de leur manche un énorme éventail, se mettent à en jouer avec toute la désinvolture d'une marquise de l'ancien régime:

Les lions s'étaient faits ours!

Jamais acteurs ne furent accueillis par de plus vifs applaudissements.


Revenons aux tigres.

L'espèce la plus vivace dans le genre, c'est encore celle des auteurs et des artistes; mais bien qu'elle réunisse les physionomies les plus tranchées, les penchants les plus bizarres, les barbes les plus splendides, elle n'offre aucun type complet. On peut citer feu Pradier, le sculpteur, que tout Paris a pu voir en pantalon de tricot blanc, et en habit de velours bleu de ciel, ou vert céladon, pêcher des goujons sur les bateaux amarrés le long du quai Voltaire.

Eugène Sue ne soutint ses prétentions au titre de tigre qu'à l'aide de nombreuses chaînes d'or et de boutons plus nombreux encore, égarés dans les volutes d'une chemise fantastique. Il ressemblait à un Mondor de l'ancien répertoire.

Parlerons-nous maintenant de ceux qui essayèrent de se singulariser par un déguisement perpétuel? Horace Vernet, qui s'efforçait de ressembler à un vieux de la vieille; Duret, à un Arabe, etc., etc. Ces nuances-là échappent à la foule, qui a besoin d'être frappée profondément par une façon d'être et d'agir tout à fait exceptionnelle, par des procédés qui s'adressent à son imagination, la soulèvent d'étonnement, la séduisent et l'entraînent d'admiration.

Ce n'est qu'à ce prix qu'on peut se hisser à la hauteur du tigre britannique.