Un ambassadeur étant venu lui rendre visite, le duc le voulut reconduire jusqu'à la rue. Refus et prière de l'ambassadeur. Insistance acharnée du duc. Si bien que l'ambassadeur, voyant qu'il n'aurait pas le dernier mot, prit le parti de fermer à double tour la porte du vestibule, et d'empêcher ainsi M. de Coislin d'aller plus loin.

Jamais renard pris au piège ne fut plus stupéfait. Comment se sortir de là? Le duc s'y perdait, lorsqu'une idée lui traversa le cerveau. Il ouvre la fenêtre de l'antichambre, et ne trouvant pas l'espace à franchir trop considérable, il saute dans la rue, court au carrosse de l'étranger, et s'y présente encore assez à temps pour le saluer une dernière fois avant qu'il ne soit monté sur le marchepied.

—Eh! Monsieur le duc, c'est donc le diable qui vous a porté ici?

—C'est le respect que je vous dois, Monsieur l'ambassadeur, répondit M. de Coislin, et pas autre chose.

—Mais vous avez déchiré vos chausses; hélas! vous seriez-vous blessé?

—N'y prenez pas garde, je vous prie; il suffit que je vous aie rendu mes devoirs. Mais souvenez-vous une autre fois de ne plus vous opposer à mes désirs.

M. de Coislin s'était démis le pouce de la main droite en sautant par la fenêtre. Louis XIV ayant appris la chose, envoya son chirurgien Félix.

Après un pansement assez douloureux, le duc voulut faire honneur au praticien et le reconduire jusqu'aux escaliers. Celui-ci s'y refusa naturellement, et les voilà aux prises, tirant la porte, l'un par la clef, l'autre par la serrure. M. de Coislin se démit de nouveau le pouce, et il fallut procéder immédiatement à une seconde opération, plus douloureuse que la première.

L'excès en tout est un défaut, comme le dit un vieil adage.

LA CARTE DE VISITE