bernard.
En êtes-vous bien sûre, Madame? Ce que je puis vous affirmer, c'est que, du vivant de son fils, il ne se souciait pas même de savoir si cette famille existait encore.
la baronne.
Je crois, Monsieur, que vous calomniez sa mémoire.
bernard.
Moi!
la baronne.
Si son fils revenait parmi nous...
bernard, se levant.
Si son fils revenait!... Supposons qu'il revienne en effet... Supposons que, laissé pour mort sur un champ de bataille, il se soit vu traîné de steppe en steppe jusqu'au fond de la Sibérie. Après cinq ans d'une horrible captivité, il va revoir son vieux père qui ne l'attend plus... Il part, il traverse gaîment les plaines désolées. Il arrive, son père est mort, son héritage est envahi, il n'a plus ni toit ni foyer. Il s'informe, et bientôt il apprend qu'on a profité de son éloignement pour capter un vieillard crédule et sans défense; il apprend qu'après l'avoir amené à se déposséder, on a payé ses bienfaits de la plus noire ingratitude. Que fera-t-il alors? (Ce ne sont toujours que des suppositions.) Il ira trouver les auteurs de ces lâchetés et de ces trahisons, il leur dira: C'est moi, moi que vous croyiez mort, moi le fils de l'homme que vous avez dépouillé, laissé mourir d'ennui et de chagrin; c'est moi, Bernard Stamply! Eux, que répondraient-ils?