destournelles.

Que vous disais-je?... Je vous étonne en vous les rappelant... Voyons, ai-je rêvé?... Un jour, un avocat de Poitiers ne vit-il pas entrer chez lui une émigrée, une baronne, qui venait le conjurer de mettre au service de ses intérêts gravement compromis cette entente des affaires qu'elle devait railler si finement plus tard? Touché de son infortune, épargna-t-il sa peine et ses soins? Grâce à son dévouement, elle avait pu rentrer dans son petit castel; grâce à sa fortune, elle pouvait relever l'éclat de sa maison, et son orgueil, vaincu par la reconnaissance, envisageait alors sans effroi les fourches caudines d'une mésalliance. Quel bon temps pour notre avocat! il était un sauveur, un appui tutélaire, il touchait au bonheur, lorsque la grande dame battit en retraite, et le malheureux vit s'écrouler l'édifice de ses espérances. Que s'était-il passé?

la baronne.

Je ne vous le dirai pas.

destournelles.

Moi, Madame, je vais vous le dire. Tout près de la grande dame, ici, dans ce château, vivait un homme aussi misérable au sein de l'opulence que Job sur son fumier. Il avait vu la solitude se faire autour de lui, car de bonnes âmes affirmaient qu'il avait en 93 dénoncé, chassé, dépossédé ses maîtres. Eh bien! la baronne, plus charitable, s'était faite l'amie de cet homme. À force d'habileté, d'esprit et d'adresse, elle était parvenue à le convaincre qu'il ne retrouverait le repos et la considération qu'en restituant à son ancien seigneur tous ses domaines. À qui pensait-elle en agissant ainsi? La baronne avait un fils. Le gentilhomme qui lui devait tout avait une fille (Mouvement de la Baronne.)... La mémoire vous revient, vous savez le reste.

la baronne.

C'est plein d'intérêt, monsieur Destournelles. Je regrette seulement que vous ayez omis certains détails auxquels votre esprit n'eût pas manqué de donner un tour des plus piquants.

destournelles.

Certains détails?... Il me semble pourtant...