Sous le même pli se trouvait un testament olographe ainsi conçu:

«Je donne et lègue à mademoiselle Hélène de La Seiglière tout ce que je possède ici-bas en légitime propriété.»

/# «Fait à mon château de La Seiglière, le 25 avril 1819.» #/

Lorsqu'elle entra dans le salon, où venaient d'arriver madame de Vaubert et son fils, Hélène était si pâle et si défaite, que le marquis s'écria: Qu'as-tu? La baronne et Raoul lui-même s'empressèrent aussitôt autour d'elle; mais la jeune fille, repoussant leur sollicitude, demeura froide et muette.

—Ah! çà, dit le marquis, est-ce que le cœur te manque à présent?

Hélène ne répondit pas.

L'heure fixée pour le départ approchait. La baronne attendait toujours que Bernard y vînt mettre obstacle, et, ne voyant rien venir, ne prenait déjà plus la peine de dissimuler sa mauvaise humeur. De son côté, le jeune baron n'était pas, à proprement parler, transporté d'enthousiasme. Enfin, n'étant plus excité par son entourage, le marquis ne montrait déjà plus la bonne grâce dont il avait fait preuve durant tous ces jours.

—À propos, dit-il tout à coup, ce drôle de Bernard nous a servi ce matin un plat de sa façon.

—De quoi s'agit-il, marquis? demanda la baronne qui, au nom de Bernard, venait de dresser les oreilles.

—Croiriez-vous, Baronne, que ce fils de bouvier n'a même pas attendu que nous fussions partis pour prendre possession de mes biens? Au soleil levant, il s'est mis en chasse, escorté de ma meute et suivi de tous mes piqueurs.