Le dégoût et la douleur m'étranglent.
On ne se battra pas!
Je reviens à Renoul et aux autres:
«Pour la dernière fois, je vous en supplie. Pas besoin de mot d'ordre! Partons ensemble, prenons un bout d'étoffe rouge, arrachons ces rideaux, déchirons ce tapis et allons planter ça au premier carrefour! Mais tout de suite! Le peuple perd confiance, la troupe devient notre ennemie, Napoléon gagne du terrain à chaque minute qui s'envole, à chaque phrase que nous faisons, à chaque bêtise que dit cet homme, à chaque cri que je jette en vain!…»
On ne m'écoute plus; on fait même autour de moi un cercle de fureur. J'ai trouvé le moyen d'exaspérer mes amis…
Il y en a un qui m'a dit déjà:
«Si nous survivons, tu te battras avec moi.»
Si nous survivons? Mais nous en prenons le chemin.
Il faut se rendre pourtant à l'avis de tous!—Je serais seul, tout seul, et désavoué par les miens. Les étudiants qui me connaissent me demanderont où sont les autres, où est ma bande?
J'ai pensé à aller quand même me planter, comme je l'ai dit, devant la porte, avec une barre de fer pour soulever les pierres. Où la prendrai-je, cette barre? Il faut que je l'arrache à la boutique et aux mains de quelqu'un; on se mettra vingt pour m'assommer et on me la cassera sur le dos.—Puis, avant tout, le tort d'être isolé! Je n'aurai pas qualité d'envoyé de barricade, ni de délégué de résistance…