On n'entend que des cris, des gémissements et des appels à la Divinité. On boit là-dedans trente tasses de café par jour, ce qui met tout le monde dans un état d'exaltation impossible à décrire.

Sa mère et sa soeur—deux créatures excellentes—le dévouement et la vertu même—croient au Bon Dieu d'une façon bruyante. Elles l'appellent à chaque instant en faisant bouillir l'eau, en portant le marc, en remplissant les demi-tasses! On me confond quelquefois avec la bonne. Je m'y laisse moi-même prendre de temps en temps! «Monsieur Jacques encore une goutte!—Oh! versez-nous! —Je ne comprends pas bien qu'on me demande une demi-tasse avec des larmes dans la voix et en crevant la plafond avec ses yeux!— Versez-nous la consolation!

—Comme en Normandie alors?—Je vais chercher l'eau-de-vie! Mais c'est du Bon Dieu qu'il s'agit, et elles repoussent la topette avec un geste religieux!

—Donnez-nous du sucre?—Je ne m'y laisse plus prendre. C'est bon une fois.—Monsieur Jacques, vous ne voulez donc pas nous donner du sucre?—C'est bien du sucre qu'elles veulent.

—Bénissez-nous, bénissez-nous.—Je vous en prie, bénissez-nous.»
Est-ce à moi, est-ce à Lui?

Ils demeurent sur la cour et on ne voit pas très clair. Elles ont l'air positivement de se tourner vers moi pour que je les bénisse. Faut-il faire le geste de les bénir? Comment bénit-on? «Il est moins fort que l'autre fois!» C'est du café qu'elles parlent!

Chaque fois que la bonne rentre des courses, c'est comme si la Nonne sanglante apparaissait—chaque fois que quelqu'un frappe, c'est comme s'il arrivait un revenant… Tout ce café qu'on boit a donné aux nerfs de toute la maison une sensibilité extrême; un coup de sonnette, le chant de coq, le miaou des chats, une armoire qui craque, un hanneton qui bat la vitre, un rien, fait partir un cri vers le ciel,—le ciel qu'on voit très peu, pas assez! c'est décidément trop sombre sur le derrière, des gens si religieux devraient rester sur le devant—pas à un entresol—ou tout à fait en haut, avec une tabatière. Quand elles disent: «Nous en appelons à toi, Dieu qui vois tout!» pour croire qu'il les voit là-dedans, il faut lui supposer une bonne vue.

Le père croit peut-être en Dieu, mais il cause moins souvent avec lui, et il n'est pas toujours à le tirer par la manche pour lui parler.

Sa spécialité est de donner le moins possible pour l'entretien de la maison. Il prétend que le café soutient énormément et il est chien pour la viande. Il prétend encore que Dieu ne regarde pas à l'habit et il est vraiment rat pour les vêtements.

Mais, au fond, il a aussi bon coeur que la mère et la fille et je vis près d'eux comme dans une nouvelle famille.