On m'a dit: «Tu es mineur, il te faudra attendre des années avant d'être maître de ton argent; si tu veux t'arranger avec ton père, il te laissera libre dès aujourd'hui, tu pourras partir.»
«Mais, mineur, est-ce que j'ai le droit de signer?
—Pourvu que tu écrives une lettre. Nous avons confiance en toi.
Tu ne manqueras pas à ta parole, nous le savons.»
Vous le savez?—Je sais, moi, que vous avez souvent manqué à la vôtre! Je me rappelle la dette du père Mouton… Oh! le sang m'en bout dans les veines, à y penser!
Allons, faisons l'acte, écrivons la lettre que vous voudrez, demandez-moi la promesse qu'il vous plaira—et que je tiendrai. Ouvrez-moi la porte. Que je sorte pour ne jamais revenir! Les gendarmes ne m'arrêteront pas maintenant que j'ai hérité. Je ne suis plus un gredin et un vagabond.
On a terminé, je ne sais comment. Je me rappelle seulement que j'ai transcrit une lettre dont le brouillon a été mis sous ma main. Mon père gardera l'argent de la succession, mais me servira quarante francs par mois—plus cinq cents francs d'un coup pour m'habiller et m'installer à Paris.
J'oubliais; on m'assurera pour un billet de mille ou quinze cents contre la conscription.
«Quand aurai-je ces cinq cents francs?
—Dans huit jours.»
C'est long!…