Le commissaire réfléchit un moment et reprend:
«Je vous crois innocent. Avec des noix, des pommes de terre frites et du raisiné, vos passions devaient plutôt être calmes qu'ardentes… Vous aviez un oeuf, à la vérité, tous les quatre jours, mais si ce que vous dites est vrai,—si vous pouvez faire constater qu'il y avait trois jours que vous n'aviez pas eu d'oeuf —aucun médecin ne conclura en faveur de l'attentat par la violence.
—N'est-ce pas, monsieur?
—Éteignons l'affaire! Je vous conseille seulement de leur laisser les quinze francs.
—Mais, monsieur, je ne suis pas seul!
—Vous êtes marié, diable!
—Non, mais je nourris un orphelin.»
Je fais passer Legrand pour orphelin—j'espérais attendrir! mais il a fallu laisser les quinze francs; les Entêtard poursuivraient, si je ne les laissais pas! J'en suis donc pour un mois de raisiné, de chemises roulées, d'enfants mouchés, et je serai traité de voleur ce soir par le juif, chassé demain par Turquet; et ce sera le second jour que Legrand n'a pas mangé!…
S'il est mort, je ne pourrai même pas le faire enterrer!
Voilà mes débuts dans la carrière de l'enseignement!…