Des boursiers, à diamants gros comme des châtaignes, des viveurs, des gens connus, viennent là parader devant les belles filles qui versent les liqueurs couleur d'herbe, d'or et de sang. Ils font changer des billets de banque pour payer leur absinthe.

Je ne déplais pas, paraît-il, à ces filles.

«Il a l'air d'un terre-neuve», a dit Maria la Croqueuse.

Je croyais que c'était une injure; il paraît que non!…

Avant les habits Caumont, j'avais l'air d'un chien de berger, d'un caniche d'aveugle, d'un barbet crotté auquel on avait coupé la queue.—Un homme vêtu de bric et de broc a l'air aussi bête qu'un chien à qui l'on a coupé la queue tout ras. Je paraissais avoir la maladie, on m'aurait offert du soufre. Maintenant, je suis un terre-neuve, un beau terre-neuve…

«Et pas bête», ajoutent quelques-uns en faisant allusion à mes audaces de conversation.

Pas bête?—Mais si demain j'avais de nouveau la redingote à la doublure déchirée, la cravate éraillée et tordue, le pantalon m'écartelant comme Ravaillac; si demain j'avais des chaussettes trop grosses dans des souliers percés, demain je serais de nouveau bête et laid,—bête comme une oie, laid comme un singe!

Vous ne savez donc pas de quoi j'ai eu l'air pendant quatre ans?

Deux ou trois fats qui, par-derrière, me blaguaient ou me calomniaient quand j'étais mal mis, sont arrivés caresser mes habits neufs.

«Bas les pattes!» ai-je sifflé en leur fumant au visage.