Ces quarante sous, ajoutés aux huit sous qui me restent, apportent la gaieté dans la mansarde.

Du pain, un litre, et des côtelettes à la sauce: il y a tout cela dans nos quarante-huit sous!

C'est moi qui irai commander.—Je dirai: «Des côtelettes avec beaucoup de cornichons», et, quand le garçon viendra avec la boîte en fer-blanc, je lui donnerai deux sous de pourboire; je lui donnerai même trois sous au lieu de deux, j'ai le droit de faire des folies au péril de mon avenir.

Nous avons bien dîné, ma foi!

On a tiré au sort à qui aurait la dernière rondelle de cornichon, on a trouvé encore de quoi acheter un gros pain, de quoi prendre son café, et l'on a braillé, ri et chanté, jusqu'à ce qu'Angelina ait dit qu'il était temps de chercher où me coller pour la nuit.

La concierge à qui l'on a parlé de l'affaire Truchet me logerait bien s'il y avait de la place, et me ferait crédit d'une demi-semaine. Mais tout est pris.

Elle se rappelle heureusement que les Riffault lui ont parlé d'un cabinet qui est libre. Les Riffault tiennent un hôtel rue Dauphine, 6, près du café Conti.

Elle écrit avec son orthographe de portière un mot pour les Riffault qu'elle connaît, et qui ont été concierges, comme elle, avant de s'établir.

Avec ce mot, gras comme les doigts du charcutier qui a vendu les côtelettes, je vais en compagnie de Matoussaint, rue Dauphine, et quoiqu'il soit minuit, on m'ouvre et l'on me conduit au cabinet libre.

J'y arrive par une espèce d'échelle à marches pourries qui a pour rampe une corde moisie et graisseuse; au sommet, entre quatre cloisons, une chaise dépaillée, une table cagneuse, un lit tout bas, en bois rouge, recouvert d'une couverture de laine poudreuse —poudreuse comme quand la laine était sur le dos du mouton;— l'air ébranle la fenêtre disjointe et passe par un carreau brisé.