C'était vrai! En ai-je laissé dans les garnis, jetées aux ordures, cachées derrière une malle, gardées par le logeur, des pages qui avaient peut-être leur amère éloquence!

Mon père ne m'a pas répondu.

Oh! j'ai senti malgré moi remonter contre lui le flot de mes colères d'enfant!

…………………

«Mais ne savez-vous pas, m'a dit un de ses anciens collègues de Nantes—que j'ai heurté tout d'un coup au coin d'une rue: brave homme qui était notre ami, à qui j'ai avoué ma vie, tant le soir était triste, tant la pluie était noire, tant ma chambre de ce temps-là était froide!—Ne savez-vous pas que votre père n'est plus à Nantes?»

Il m'a conté une douloureuse histoire.

Mon père a retrouvé sur son chemin une Mme Brignolin, une veuve de censeur, qui l'a aimé ou a fait semblant de l'aimer. Il est devenu son amant, s'est compromis, affiché: ma mère, folle de jalousie et de chagrin, perdant la tête, a fait une scène à la maîtresse devant le collège; il y a eu un scandale affreux, un rapport terrible au ministère. On s'est contenté d'un déplacement, mais mon père est dans une ville du Nord maintenant.

Et je n'ai rien su de cela! Ni lui ni ma mère ne m'en ont rien dit!

«C'est que, voyez-vous, a répondu le vieillard, le lendemain a été arrosé de larmes! Votre père est parti seul… Votre mère est retournée chez elle, dans votre pays, où je l'ai vue, il n'y a pas trois semaines, bien changée, mon ami!… Elle vit là comme une veuve, entre le portrait de son mari et le vôtre… J'ai assisté à la scène de séparation… C'était à qui se demanderait pardon.

«—C'est moi qui suis coupable! criait-elle en se mettant à genoux.