«Tu es pâle! me dit Collinet.
—Mais je crois bien!—j'étais pâle aussi le 2 décembre.»
J'ai eu une faiblesse.
Une pauvresse a passé: à qui je n'aurais donné que deux sous à un autre moment. Je lui en ai donné vingt, pour qu'elle me dise: «Cela vous portera bonheur.»
Les baraques continuent à faire dans Robinson, qui disparaît derrière les arbres, un tapage que la distance déchire; il vient jusqu'à nous des lambeaux de musique barbare.
On marche en silence, Legrand avec ses amis et moi avec les miens.
Collinet ouvre de temps en temps sa trousse d'une main agitée, comme pour voir s'il n'a pas oublié quelque chose, s'il a bien tout ce qu'il faut pour tout à l'heure…
«Garez bien votre tête avec votre pistolet… comme ceci, de profil, en lame de couteau! me répète l'un des témoins.
—Laissez Legrand tirer le premier», me conseille l'autre.
J'écoute à peine et j'ébauche des gestes de dédain qui se reproduisent sur la route baignée de soleil. Mon ombre se dessine comme sur le mur blanc du tir l'homme en tôle d'hier; un peu plus, je chercherais les taches blanches sur mon habit, les taches faites sur le mannequin par les balles…