«Vous pourriez en rester là! dit Collinet. À dix pas! mais c'est un assassinat! vous allez y rester tous les deux!
—Chargez!»
L'accent a été impérieux, paraît-il, car les témoins ont obéi comme des soldats. Nous nous promenons, Legrand et moi, chacun de notre côté, muets, très simples, les mains derrière le dos, et ayant l'air de réfléchir.
Un chien, venu on ne sait d'où, se trouve dans mes jambes et me regarde d'un oeil doux, en demandant une caresse. Il m'a fait penser à Myrza, la chienne que nous avions à la maison quand j'étais enfant, qui me léchait les mains et semblait pleurer quand j'avais pleuré et qu'on m'avait battu. J'étais forcé de me laisser faire alors, je ne pouvais que conter ma douleur à la pauvre bête…
On avait le droit de me faire souffrir et, si je me plaignais, on disait que j'étais un mauvais fils et un mauvais sujet. Je devais finir par demander pardon.
Aujourd'hui, cinq hommes sont là, par le hasard d'une querelle, à la discrétion de mon courage, insulteur, témoins et médecin!
Il m'en vient un sourire et même un bout de chanson sur les lèvres. Je fredonne malgré moi, comme on se frotte les mains quand on est joyeux.
«Tais-toi!» a fait Collinet à demi-voix.
Il a raison. Je diminue la belle cruauté de notre duel.
Les témoins nous rappellent.