J'ai retiré pisse-froid pour Rousseau, je maintiens sceptique pour moi.
«Et tu te prétends révolutionnaire!…
—Je ne prétends rien. Je prétends que Rousseau m'ennuie, Voltaire aussi, quand il prend ses grands airs, et je n'aime pas qu'on m'ennuie; si pour être révolutionnaire il faut s'embêter d'abord, je donne ma démission. Je me suis déjà assez embêté chez mes parents.»
«Tu fais donc de la révolution pour t'amuser?» reprend Matoussaint en jetant un regard circulaire sur toute la bande, pour montrer où j'en suis tombé.
Je suis collé et je balbutie mal quelques explications. Mon embarras même me sauve. Matoussaint, qui a peur que je ne trouve à la fin quelque chose à répondre, me déclare qu'il sait «que j'ai été plus loin que je ne voulais, que ce n'est pas moi qui traiterais la Révolution comme une rigolade et qui promènerais le drapeau de nos pères comme un jouet…
«Seulement, vois-tu, tu as la manie de contredire, tu t'y trouves pris quelquefois, dame!» et il rit d'un air de vainqueur indulgent.
On trouve généralement que je n'ai pas d'enthousiasme pour deux sous.
Pas d'enthousiasme! Que dites-vous là?
À l'heure où la Voix du peuple paraît, je vais frémissant la détacher de la ficelle où elle pend contre les vitres du marchand de vin; je donne mon sou et je pars heureux comme si je venais d'acheter un fusil. Ce style de Proudhon jette des flammes, autant que le soleil dans les vitres, et il me semble que je vois à travers les lignes flamboyer une baïonnette.
Pas d'enthousiasme? Ah! qu'on soulève un pavé et vous verrez si je ne réponds pas présent à l'appel des barricadiers, si je ne vais pas me ranger, muet et pâle, sous la bannière où il y aurait écrit: Mourir en combattant!